Territoires Publics  poursuit la mise en ligne des interventions des participants au dernier colloque du CECCOPOP (Université de Paris 12) qui portait sur la “Communication politiquelors de la dernière campagne présidentielle.

La question morale et la personnalisation de la communication politique
Brigitte SEBBAH
CECCOPOP

Cette intervention s’interroge en quoi la « peopolisation » des hommes politiques (à travers les mises en scènes co-orchestrées avec les médias, les appels aux milieux du spectacle, …), ne sert pas seulement à palier le vide programmatique de leurs discours, mais instrumentalise-t-elle une nouvelle posture de la communication politique ? 

La personnalisation par la morale se construit sur un double processus : 

  • le premier, un processus de banalisation mis en scène par l’exposition médiatique (la presse people) et dont la finalité est de mettre en avant le caractère profondément humain du candidat : « J’ai changé (…), je vous le dis avec pudeur ». 

  • le second, une logique de personnalisation : si le candidat ressemble à un citoyen lambda, il s’en distingue par une morale infaillible. Il est donc légitime à devenir celui qui pourra guider le peuple dans le bon sens. Ségolène Royal, « en tant que mère ». François Bayrou, en posant devant son tracteur. 

Le candidat doit allier nécessairement l’excellence politique et, c’est ici une nouveauté, l’excellence morale – par opposition à l’affirmation d’Aristote selon laquelle on « peut être un bon citoyen sans être moral » ! 

Tout au long de la campagne à l’élection présidentielle de 2007, les principaux candidats se sont efforcés de démontrer le contraire : à propos de la décision prise à l’encontre de Arnaud de Montebourg qui était sorti de son rôle de porte parole, Ségolène Royal parle de « sanction juste» Nicolas Sarkozy : « J’ai changé (…), parce qu’il faut protéger la morale. »

On assiste à une véritable course à la moralité. Les émeutes survenues à la gare du Nord sont à plusieurs titres symptomatiques de la manière dont les deux principaux candidats s’en saisissent : la bataille de l’image se cristallise sur la question de la morale, ici la vérité. 

Dans Ensemble, Nicolas Sarkozy voit dans « la capitulation morale et intellectuelle depuis 25 ans » la raison de tous les maux de la Nation française (la dénonciation de mai 68 en est le prolongement). Dès lors, après avoir posé le diagnostic, peut-il proposer le remède, le retour à l’ordre (moral) à travers les thèmes du respect des hiérarchies (ce que Ségolène Royal appelle l’ordre juste opposé à tous les désordres injustes). L’un et l’autre défendent l’idée selon laquelle la France est en situation « dépressive ». S’ils partagent l’analyse et le diagnostic, chacun propose un remède différent : « l’ordre juste » pour Royal, « la rupture » pour Sarkozy ! La question du lien entre politique et morale ? 

  • l’électeur non partisan doit-il voter selon un programme ou selon la bonne moralité du candidat ?
  • la morale est-elle un moyen de communication ou de séduction de plus ou un nouvel argumentaire – chaque candidat proposant sa morale – politique ?
  • … moralisation du politique ou politique moraliste ?

La morale n’est-elle pas une réponse aux désillusions des citoyens après les dérives des pratiques politiques des années 90 que 2002 avait déjà sanctionné. Or, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy ou encore François Bayrou sont les rescapés de cette génération de quinqua sacrifiée sur l’autel des corruptions révélées et châtiées dans les années 85 – 95 et qui ont construit leur discours à l’aune de ce qu’ils ont vécu, le besoin de moralisation de la vie publique ! Ils sont aussi les premiers concernés par la leçon de 21 avril ! 

Les hommes politiques se mettent en scène et ont la volonté de dévoiler une posture morale : ils se personnalisent dans la colère, l’indignation, la morale devient le nouveau champ de bataille  de leur indignation.