Territoires Publics  poursuit la mise en ligne des interventions des participants au dernier colloque du CECCOPOP (Université de Paris 12) qui portait sur la “Communication politiquelors de la dernière campagne présidentielle.

Les blogs de DSK, Lang et Royal
(Les nouveaux outils de la campagne pendant la course à l’investiture socialiste pour l’élection présidentielle de 2007)
Franck BOUSQUET
Université de Toulouse 3

Au moment où certains au Parti Socialiste dénonçaient l’arrogance de l’UMP, avec la constitution des blogs s’est mis en place au début 2006 de nouvelles stratégies de communication politique sur Internet. DSK avait déjà le sien depuis 2004, Jack Lang en 2005, Ségolène Royal venait tout juste de le créer (janvier 2006).

Pourquoi les principaux candidats à l’investiture socialiste ont-ils fait le choix des nouvelles technologies ? Dans quelle mesure cela leur a réussi et comment ont-ils procédé ? Enfin, le blog est-il la réponse adaptée à la crise du politique ?

1- Une réponse à la crise du politique

Pour les trois blogueurs, la crise du politique peut trouver dans le web 2.0 les solutions aux critiques dont il est fait sans cesse l’objet :

  • la communication politique est incapable de créer de l’adhésion
  • l’écart entre élus et citoyens ne cesse de se creuser
  • le système français souffre d’une crise de la représentation
  • la société française souffre enfin d’une crise de la discussion publique, aussi bien dans les médias qu’au Parlement.

Alors qu’Internet entre dans une phase où les pratiques et l’outil sont assimilés par toujours plus d’internautes, les manifestations critiques et participatives favorisent l’essor des logiques communautaires. Les promesses des trois candidats en sont la meilleure illustration :

  • rapprochements électeurs / élus (DSK et Loïc Lemeure en 2004)
  • réduction du filtre médiatique (mythologie du média transparent (DSK et Jack Lang)
  • alliance entre le Web 2.0 et la démocratie participative (ce qui permet à Ségolène Royal de se différencier au sein du PS)

Ils se sont appropriés ce double discours jamais mis en avant par les politiques. 

2- Les usages : l’approche concrète

a)- Les blogs de Jack Lang et DSK 

Tout deux utilisent leur blog comme un agenda et comme la mémoire de leur campagne. Il est aussi une caisse de résonance médiatique. Après que l’un ou l’autre soit intervenu dans l’actualité, il y a toujours des commentaires pour faire vivre le blog. On y distingue pour chacun deux espaces séparés distinctement :

  • Le billet du politique
  • Les commentaires des visiteurs 

NB : Les blogueurs ne participent pas aux débats initiés par les visiteurs, la conversation se poursuit de jour en jour, de commentaires en commentaires, en dehors de toute intervention des propriétaires du blog !

  • Le blog de DSK est celui d’un professionnel qui a su créer un réseau (il a un courant présent en ligne, une association de jeunes également en ligne et enfin un club de réflexion) : il a su créer un réseau et des liens, mais il reste localisé sur la blogosphère de gauche.
  • Le blog de Jack Lang a ouvert une tribune virtuelle : il propose un discours sur le modèle de La Lettre aux Français de F. Mitterrand, avec très peu de commentaires toujours partisans et sans débat.

b)- Désirs d’avenir

Désirs d’avenir est l’outil de l’organisation et du lancement de la campagne de Ségolène Royal, notamment en terme de réseau : la question du participatif au cœur du blog ne résout pas les problèmes de militantisme du PS. On distingue trois types de messages :

  • les témoignages de soutien
  • des monologues programmatiques
  • des objets de discussion

Et à chaque fois sur un mode descriptif et argumentatif, ce qui répond assez difficilement aux attentes des équipes de Ségolène Royal et met surtout en avant le caractère hétérogène de toutes les positions se retrouvant sur son blog…

De l’ouvrage à 6.000 mains au cahier d’espérance, les contenus rassemblés offrent un ensemble multiforme. La question de l’arbitrage par exemple y est opaque, résultat le plus souvent d’une synthèse, réalisée grâce au vote des internautes. Les propos des internautes constituent une étude d’opinion, d’où sortira, en trois jours, le programme de la candidate – où chacun peut s’y reconnaître, ce qui est somme toute assez normal…

Au-delà de l’apparente modernité des moyens, la déclinaison de la démocratie participative sur Internet n’est que la reproduction des structures de débats multiples menés au sein du PS depuis les états généraux de 1993. La seule originalité de Désirs d’avenir est de l’avoir organisé à l’échelle nationale… Car finalement le résultat et les attentes de ses initiateurs déclinent la seule logique que le PS ait su formaliser depuis 1993, la recherche du pragmatisme !