La démocratie médiatique
Documents à télécharger, Territoires etc... 12 septembre 2007Territoires Publics reprend la mise en ligne des notes prises lors des interventions des participants au dernier colloque du CECCOPOP (Université de Paris 12) qui portait sur la “Communication politique” lors de la dernière campagne présidentielle.
La construction de la légitimité politique de Ségolène Royal
Catherine DESSINGER
Lyon 3
Laboratoire ERISCOM
L’investiture de Ségolène Royal à la candidature à l’élection présidetielle d’avril 2007 consacre autant qu’elle légitime une trajectoire en forme de chemin initiatique. En effet, Ségolène Royal n’a jamais occupé de place importante au sein de l’appareil du parti. Elle a un déficit de légitimité que les médias reprennent à plaisir comme en témoigne le titre de L’Express, « la cruchitude » ! Cette légitimité elle a dû la conquérir à l’extérieur des thèmes traditionnels du champ politique, avec le peuple comme dénominateur commun : l’invention d’un nouveau mode de gouvernance, la démocratie participative et la « peopolisation ».
1-Renouveler le personnel politique : un effet de substitution
Dans sa stratégie de séduction des Français, qui sont les plus à même de juger de la légitimité de tel ou tel candidat puisque ce sera leur bulletin de vote qui déterminera le nom du prochain président de la République, Ségolène Royal organise la pré-campagne en dehors du cadre du parti socialiste dans la presse people. Cette démarche constitue une nouveauté puisque en théorie le personnel politique ne sort pas de sa sphère. Or, depuis 1992, Ségolène Royal, qui fait partie des personnalités les plus populaires au PS (avec le French Doctor), a pris conscience de la force de la presse people et de sa convivialité. Elle trouve surtout le moyen de réduire la distance qui existe entre les politiques et les Français, préoccupation qui se retrouve aussi dans son langage terrain.
Dans le même temps elle se construit son identité sexuelle : « Je ne demande pas de voter pour moi parce que je suis une femme, mais je suis une femme » ! Elle décline un double concept, celui de la démocratie moderne (l’entrée des femmes en politique et l’occupation des postes de responsabilité) et celui de la femme mère, protectrice et rassurante : « en tant que mère… »
Il s’agit pour elle de présenter la vision politique d’une femme :
2- Le renouveau idéologique
A la marge du PS ?
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Ségolène Royal cherche à percer le terrain traditionnel de la droite. Elle est à la fois progressiste (sur le plan social) et conservatrice (sur le plan moral), ce qui la conduit à brouiller le clivage droite / gauche.
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La candidate à la candidature socialiste brise également tous les tabous, ce qui la conduit à conquérir l’opinion mais la marginalise au sein du PS
3- Un modèle de gouvernance légitime
Du discours à sa mise en oeuvre opérationnelle, Ségolène Royal se construit une stature de chef d’Etat :
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Une compétence politique :
Elle dresse d’abord un diagnostic, celui de la crise du politique et propose une alternative, la « démocratie participative ». Un changement de discours et de posture du politique dans lequel le citoyen a toute sa place : « On ne fera plus jamais de politique sans vous. » -
Mise en application technique :
La parole singulière reprend ses droits avec Internet. En 2005, Ségolène Royal crée Désirs d’avenir, association qui est à l’origine une machine de guerre dans la course à l’investiture socialiste pour l’élection présidentielle 2007. En 2006, sa déclinaison sous la forme d’un blog la transforme en un instrument technologique et démocratique de conquête du parti. L’ensemble est nourri par les prises de paroles des Internautes, créant un espace où l’esprit citoyen prend du sens collectivement – toute cette architecture a pour originalité de compter autant d’adhérents socialistes que non adhérents.
Elle s’est rendue crédible auprès des citoyens et a posé les jalons théoriques et communicants de sa campagne à venir :
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mise en place des Cahiers de l’espérance ;
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co-écriture du programme de la candidate.
Ségolène Royal propose une redistribution des rôles entre les élus, les citoyens, les médias…
Elle a su construire sa légitimité en dehors du cadre habituel de l’espace public et en a brouillé les repères, s’inscrivant ainsi dans la longue durée.


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