Territoires Publics  poursuit la mise en ligne des interventions des participants au dernier colloque du CECCOPOP (Université de Paris 12) qui portait sur la “Communication politiquelors de la dernière campagne présidentielle. 

L’image et la communication de Nicolas Sarkozy et le rôle de l’UMP 

Sofia VENTURA
Université de Bologne
Département de Politique, Institution & Histoire 

L’arrivée à la présidence de Nicolas Sarkozy est le résultat d’un processus long de 25 ans. Très vite, il a compris la place des médias dont il a toujours voulu contrôler l’agenda. Il s’est pour cela placé en situation d’animer et de débattre de tous les sujets médiatiques tout en anticipant ceux amenés à devenir des questions de  société. Après la réélection de Jacques Chirac en 2002, il a préempté le terrain des problématiques liées à l’insécurité. Il a alors fait le choix d’intégrer le Ministère de l’Intérieur, plus adapté à montrer son activisme sur un sujet qu’il s’est approprié, et aussi à communiquer sur sa vision de la politique fondée sur l’action.

Comme le révèlent les sondages, dès 2003 le bilan général de cet activisme est déjà positif. Il jouit d’une côte de popularité inverse de celles en chute libre des membres du gouvernement Raffarin – ce qui va lui permettre plus tard de n’être pas associé à son bilan. 

En 2006, les sondages considèrent Nicolas Sarkozy comme ayant la stature d’un présidentiable et la posture d’un candidat qui peut « changer les choses ». L’idée de la « rupture » peut s’insinuer… 


La prise de contrôle de l’UMP
 

De même que la côte de popularité capitalisée par Nicolas Sarkozy, à travers son expérience ministérielle, a servi sa prise de fonction au parti, de même, son rôle de président de l’UMP a servi dans un deuxième temps son action ministérielle ! Partant du postulat que tout président ne peut être élu qu’avec le soutien de son parti, dès 2002, Nicolas Sarkozy projette de prendre la présidence de l’UMP. C’est chose faite en novembre 2004. Il peut alors laisser son ministère et quitter provisoirement le gouvernement.Toute la stratégie d’action de Nicolas Sarkozy repose sur la démocratisation de l’appareil qu’il ambitionne de contrôler. Démocratisation qui à chaque fois ne prend de sens que parce qu’elle va soutenir ses desseins.

Pour arracher l’UMP au camp des chiraquiens, Nicolas Sarkozy obtient que l’élection du Président du parti relève désormais du vote des militants. Une fois élu, en 2005, il introduit un autre facteur de démocratisation au sein du parti en laissant aux adhérents le choix du candidat pour l’élection présidentielle. Là aussi, cette pratique constitue une innovation au sein de l’UMP ; le parti n’était jusqu’à ce jour jamais intervenu pour désigner un candidat – même si il soutenait ensuite celui qui s’était naturellement imposé.

Une fois la présidence de l’UMP conquise, Nicolas Sarkozy poursuit sa stratégie de démocratisation pour affirmer sa position au sein de l’UMP : ouvrir au plus grand nombre le projet de sa rénovation. Parlementaires et militants sont ainsi mobilisés pour l’organisation des législatives de 2008 à l’occasion de la tenue de 18 conventions thématiques. L’implication des participants doit être forte. Pour s’en assurer le parfait contrôle, Nicolas Sarkozy en a confié le suivi à son bras droit, le futur 1er ministre, François Fillon. 

Cette mobilisation interne combinée en externe à une campagne de recrutements de nouveaux militants constituent les instruments de sa légitimation et fondent le caractère incontournable de son leadership. Dès lors l’UMP s’identifie à Nicolas Sarkozy.Cette campagne interne commencée très tôt a constitué aussi pour Nicolas Sarkozy une pré campagne présidentielle qui lui a permis d’en apparaître très tôt l’un des acteurs incontournables.


La campagne présidentielle

Nicolas Sarkozy a mené sa campagne en se plaçant à la fois au centre de la vie politique, sur les sujets les plus médiatiques et en utilisant la télévision pour se montrer comme un homme compétent et préparé à la fonction de président de

la République.Le principe réside en sa capacité à donner le sentiment de tenir un discours qui constitue une vision claire et posée. Dès 2006, selon l’institut de sondage IPSOS, au petit jeu des sept critères d’image qui définissent les qualités présidentielles, Nicolas Sarkozy apparaît comme l’incontestable vainqueur.

  • La rupture tranquille
    A partir de janvier 2007, Nicolas Sarkozy se présente comme un candidat rassembleur. Il veut donner de lui une image plus humaine et différente. Il s’agit de résoudre l’obstacle que peut constituer dans sa course à la présidentielle la vision négative voire inquiétante exprimée par une partie de l’opinion et stigmatisée par ses opposants.D’où le discours du « changement »[2], du calme qu’il entend afficher publiquement pour trancher avec cette image négative énoncée supra, renforçant par ailleurs sa posture de présidentiable sur la rhétorique archi classique du rassembleur. Mais la « rupture » d’avant 2007 n’a pas été oubliée ! Au-delà des appels au rassemblement, il maintient ses thématiques sécuritaires et à contre-courant : contre la repentance, contre les valeurs destructrices de mai 68, … Car Nicolas Sarkozy reste toujours attentif à ce que ses messages soient compréhensibles par tous :  
            - le choix de la thématique du travail attire à gauche parmi les déçus du socialisme ;   
            - le tout sécuritaire siphonne l’extrême droite… 
    Il tient enfin un discours moins utopique mais plus pragmatique : « travailler plus pour gagner plus » qui attire uniformément à sa droite qu’à sa gauche.

  • Une stratégie de communication plus intensive qu’innovante
    Nicolas Sarkozy a intensifié les logiques de personnalisation du candidat à l’élection présidentielle (un marketing poussé à l’extrême). Au final sa campagne a été marquée par :  
        -  la professionnalisation de sa communication (ce qui a par ailleurs contribué à son image de modernité et de renouveau qu’il voulait incarner à travers sa pratique politique)    
         -  la centralisation de son organisation (qui s’est appuyée sur l’UMP dont il a pris la présidence très tôt) et donc de la cohérence du message délivré (absence ou presque de distorsions candidat / parti). 


En conclusion

Certains chroniqueurs ont voulu faire de Nicolas Sarkozy un Berlusconi à la française !
Peut-on affirmer qu’il soit un leader « télépopuliste » ? Son influence sur les leviers du pouvoir économique et médiatique ne peuvent suffire à le comparer à Silvio Berlusconi – même si ce dernier n’a jamais caché sa sympathie pour Nicolas Sarkozy. En effet,  Nicolas Sarkozy ne critique pas de manière radicale le système et se place plutôt en insider qu’en outsider. Il est par exemple peu favorable à la modernisation de la Constitution. De même, dans sa conquête du pouvoir et dans son approche de la politique, il se place dans et avec les partis.

Enfin, Berlusconi, n’a pas comme Nicolas Sarkozy investit dans l’organisation et le verrouillage du parti : il Cavagliere n’est à la tête que d’une très fragile coalition, dont l’existence est fondée non sur un programme mais sur le nombre de sièges nécessaires pour pouvoir détenir la majorité au Parlement.


[1] - Il suffit de se rappeler la présidentielle de 1995 et la bataille entre Jacques Chirac et Edouard Balladur qui a été tranchée par le premier tour de l’élection.

[2] - Discours du 14 janvier 2007 lors de la cérémonie d’investiture par son parti.

[3] - A la différence d’un de Gaulle aussi qui dénonçait la “partitocratie“ !